Une population présente dans les effectifs, absente des tableaux de bord
La DREES compte 9,3 millions de proches aidants en 2021, dont 8,8 millions d'adultes, soit un adulte sur six. L'enquête Vie quotidienne et santé, qui fonde ce chiffre, mesure pour la première fois l'aide apportée par les personnes de tout âge, mineurs compris. Entre 55 et 64 ans, une personne sur quatre accompagne un proche en situation de handicap ou de perte d'autonomie. Cette tranche d'âge est aussi celle des cadres expérimentés, des chefs d'équipe, des détenteurs de savoir-faire rares.
Selon France Travail, repris par l'Observatoire OCIRP-Viavoice, la France compte entre 8 et 11 millions de proches aidants non professionnels, dont 61 % exercent une activité professionnelle. L'édition 2025 de l'Observatoire relève que 34 % des salariés aidants ont informé leur employeur de leur situation, contre 25 % en 2023 et 29 % en 2024. La progression part de bas. Dans la même étude, 45 % des salariés effectivement en situation d'aidance ne se sentent pas concernés par l'aidance.
Un employeur qui cherche ses aidants dans ses données RH ne trouve rien. Leur présence se lit dans des absences courtes répétées, des refus de mobilité, des démissions tardivement expliquées.
Ce que prévoit le code du travail
Le congé de proche aidant est régi par les articles L. 3142-16 à L. 3142-27 du code du travail. Il est ouvert à tout salarié, sans condition d'ancienneté. Sa durée maximale relève d'un accord collectif. À défaut, elle s'établit à trois mois, renouvelable dans la limite d'un an sur l'ensemble de la carrière. Avec l'accord de l'employeur, le congé se fractionne par périodes d'une demi-journée au moins ou se transforme en temps partiel.
Sauf accord collectif, le salarié prévient son employeur un mois avant le départ et quinze jours avant un renouvellement. Le congé débute sans délai en cas d'urgence : dégradation soudaine de l'état de santé de la personne aidée, situation de crise, fin brutale d'un hébergement en établissement. L'employeur ne peut pas refuser un congé dont les conditions sont réunies.
L'allocation journalière du proche aidant
L'employeur ne verse pas de salaire pendant le congé, sauf accord plus favorable. L'allocation journalière du proche aidant compense une partie de la perte de revenu. Son montant est revalorisé périodiquement : depuis le 1er janvier 2026, il s'établit à 66,64 euros par journée et 33,32 euros par demi-journée. Service-public.gouv.fr indique le montant en vigueur.
L'allocation se verse dans la limite de vingt-deux jours par mois et de soixante-six jours par personne aidée. Depuis le 1er janvier 2025, le droit vaut pour quatre proches au plus sur l'ensemble du parcours professionnel, soit deux cent soixante-quatre jours.
Deux démarches coexistent : la demande de congé adressée à l'employeur, la demande d'allocation adressée à la caisse d'allocations familiales ou à la MSA. L'ouverture du congé ne déclenche aucun versement. Cette dissociation surprend nombre de salariés qui s'y engagent.
Ce qui empêche l'usage
L'information manque en premier lieu. Selon l'Observatoire OCIRP-Viavoice 2025, 58 % des salariés aidants ne s'estiment pas suffisamment informés sur l'aidance. La part recule depuis 2021, où elle atteignait 65 %. Elle concerne encore plus d'un salarié aidant sur deux. Personne ne cherche un droit dont il ignore l'existence.
Le silence de l'organisation prolonge cette ignorance. Être salarié aidant reste un sujet tabou pour 59 % des DRH interrogés et pour 49 % des managers. Six salariés aidants sur dix n'ont pas informé leur employeur.
L'état de santé achève de fermer la porte. La même étude relève que 44 % des salariés aidants se déclarent en difficulté sur le plan de la santé mentale, proportion qui monte à 60 % lorsque la personne aidée est le conjoint. Constituer un dossier, appeler une caisse aux heures ouvrables, réunir un certificat médical et une attestation de l'employeur demandent du temps et une capacité d'organisation. L'aidance consomme les deux.
Trois leviers pour une direction des ressources humaines
Permettre de se nommer sans se déclarer. Un salarié qui ne se reconnaît pas aidant n'active aucun droit. Un outil d'auto-identification anonyme, diffusé largement et utilisable sans passer par la hiérarchie, franchit cette première marche mieux qu'une campagne d'affichage.
Porter le sujet dans le dialogue social. Dans l'Observatoire 2025, 88 % des cinquante-neuf représentants des partenaires sociaux interrogés jugent la négociation collective efficace pour protéger les salariés aidants. Les organisations de salariés privilégient la branche professionnelle à 84 %. Les organisations patronales se partagent : 52 % préfèrent la branche, 43 % l'entreprise.
Confier l'accompagnement individuel à un tiers. Un interlocuteur extérieur à la ligne managériale lève l'obstacle du regard hiérarchique. L'entreprise obtient l'effet recherché sans connaître les situations individuelles.
La coordination de parcours, appliquée à l'aidance
France Care met à la disposition des salariés un conseiller en gestion de parcours. Il identifie les droits activables, prépare les démarches auprès de l'employeur et de la caisse, cherche les relais disponibles sur le territoire de la personne aidée. L'entreprise finance le dispositif. Elle ne reçoit aucune information individuelle.
La Journée nationale des aidants, le 6 octobre de chaque année, offre une date pour ouvrir le sujet. Le soutien se construit sur les douze mois.
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