Analyse

Médecins généralistes : l'accès a reculé dans 76 départements sur 100 entre 2023 et 2024

Entre 2023 et 2024, 1,1 million d'habitants de plus se sont retrouvés dans une commune où l'on accède à moins de 2,5 consultations de médecine générale par an. Les données 2024 de la DREES montrent un recul dans 76 départements sur 100 et placent la grande couronne francilienne parmi les territoires les moins dotés.

France Care · · 6 min de lecture

Ce que disent les chiffres 2024 de la DREES

L'accès aux médecins généralistes a reculé en France entre 2023 et 2024. La DREES mesure cet accès par l'accessibilité potentielle localisée (APL) : le nombre de consultations qu'un habitant peut obtenir par an auprès des médecins de sa commune et des communes proches. En 2024, l'APL moyenne aux médecins généralistes de 65 ans ou moins s'établit à 3,3 consultations par an et par habitant, en baisse de 1,1 % par rapport à 2023.

19,6 millions

d'habitants vivaient en 2024 dans une commune où l'accès aux médecins généralistes de 65 ans ou moins était inférieur à 2,5 consultations par an et par habitant, soit 29,0 % de la population. Ils étaient 18,5 millions, soit 27,4 %, en 2023.

DREES, APL 2024 publiée le 22/07/2026 ; calcul France Care

Le nombre de communes sous ce seuil est passé de 17 143 en 2023 à 17 779 en 2024. Les communes où l'accès tombe sous 1,5 consultation par an, seuil retenu par France Care pour l'accès le plus faible, comptaient 4,0 millions d'habitants en 2024, contre 3,4 millions en 2023.

76 départements sur 100 en recul entre 2023 et 2024

Entre 2023 et 2024, l'APL moyenne aux médecins généralistes a baissé dans 76 départements, progressé dans 20 et n'a pas varié au centième près dans 4 (moyenne pondérée par la population standardisée, calcul France Care sur les données de la DREES). Les reculs les plus forts ont touché des territoires très différents :

DépartementAPL 2023APL 2024Évolution
Lozère2,452,23− 9,0 %
Tarn-et-Garonne2,932,67− 9,0 %
Guyane1,551,41− 8,9 %
Isère3,523,25− 7,5 %
Pyrénées-Orientales3,443,21− 6,5 %
Essonne2,091,96− 6,1 %

Évolutions calculées sur les valeurs non arrondies.

En 2024, les départements les moins dotés étaient la Guyane (1,41), la Seine-et-Marne (1,94), l'Eure-et-Loir (1,95), l'Essonne (1,96) et les Yvelines (1,99). Trois départements de la grande couronne francilienne figuraient ainsi parmi les cinq plus faibles de France. Le manque de médecins généralistes touche aussi des territoires denses et peuplés.

Où l'accès a progressé entre 2023 et 2024

Paris a enregistré la plus forte hausse : son APL est passée de 4,06 en 2023 à 4,57 en 2024 (+ 12,5 %). Les Hauts-de-Seine (+ 4,4 %), la Seine-Saint-Denis (+ 4,1 %), la Haute-Marne (+ 3,6 %), la Savoie (+ 3,3 %) et la Corse-du-Sud (+ 3,0 %) ont également progressé. L'écart s'est donc creusé entre Paris et la grande couronne.

Une hausse aussi forte d'une année sur l'autre appelle la prudence. Selon la notice du jeu de données, la méthode révisée de la DREES compte un équivalent temps plein pour tout médecin libéral qui n'exerçait pas l'année précédente.

Commune par commune, des bascules dans les deux sens entre 2023 et 2024

Sur les communes présentes les deux années, 1 665 sont passées sous le seuil de 2,5 consultations en 2024. Elles comptent 2,2 millions d'habitants. À l'inverse, 988 communes sont repassées au-dessus, pour 1,2 million d'habitants. Le solde diffère un peu de l'évolution du nombre de communes sous le seuil, qui tient aussi aux communes fusionnées entre les deux millésimes.

Plusieurs villes moyennes ont nettement reculé entre 2023 et 2024. Parmi les communes de plus de 50 000 habitants :

  • Troyes est passée de 3,85 consultations par an et par habitant en 2023 à 3,32 en 2024 ;
  • Montauban, de 3,94 à 3,43 ;
  • Calais, de 3,41 à 3,06 ;
  • Béziers, de 2,97 à 2,65.

Le seuil de 2,5 ne dit pas tout. Guéret est passée de 2,29 en 2023 à 2,51 en 2024 : la préfecture de la Creuse a repassé le seuil alors que l'accès y restait nettement inférieur à la moyenne nationale. Une variation de quelques centièmes suffit à faire changer une commune de catégorie.

Les autres professions de santé entre 2023 et 2024

L'évolution diffère selon les professions. Selon la DREES, l'accessibilité aux kinésithérapeutes a progressé de 3,3 % entre 2023 et 2024, celle aux sages-femmes de 1,9 % et celle aux chirurgiens-dentistes de 1,4 %. L'accessibilité aux infirmiers a reculé de 0,8 %.

123,2
ETP de kinésithérapeutes accessibles pour 100 000 habitants en 2024 (+ 3,3 %)
DREES 2024
61,5
ETP de chirurgiens-dentistes pour 100 000 habitants en 2024 (+ 1,4 %)
DREES 2024
154,8
ETP d'infirmiers pour 100 000 habitants en 2024 (− 0,8 %)
DREES 2024

Comment lire ces chiffres

Ce que les employeurs et les élus peuvent faire des données de la DREES

Les données d'accessibilité de la DREES décrivent le territoire où vivent les salariés d'une entreprise et les administrés d'une commune. À chaque millésime publié, un employeur peut repérer si ses sites se trouvent dans un territoire où l'accès recule et anticiper la difficulté de ses salariés à trouver un médecin traitant. Une collectivité peut situer sa commune parmi ses voisines et suivre son évolution d'une année sur l'autre.

L'observatoire de l'accès aux soins de France Care présente ces indicateurs pour chaque commune, chaque intercommunalité et chaque département, dans le dernier millésime publié par la DREES, avec le classement des départements. Les conseillers de France Care cherchent et prennent les rendez-vous médicaux des salariés des entreprises et des habitants des collectivités qui font appel à eux.

L'accès aux médecins généralistes, département par département, selon le dernier millésime publié par la DREES.

Voir le classement des départements

Et vous, où en êtes-vous de votre accès aux soins ? Quelques questions pour le savoir : répondre au questionnaire.

Questions fréquentes

Mon département manque-t-il de médecins généralistes ?
En 2024, les départements où l'accès aux médecins généralistes était le plus faible étaient la Guyane, la Seine-et-Marne, l'Eure-et-Loir, l'Essonne et les Yvelines, sous 2 consultations par an et par habitant. Le classement des départements selon le dernier millésime publié par la DREES est consultable sur l'observatoire de l'accès aux soins de France Care.
Qu'est-ce que l'APL ?
L'accessibilité potentielle localisée est un indicateur de la DREES. Elle mesure le nombre de consultations qu'un habitant peut obtenir par an auprès des médecins de sa commune et des communes proches, en tenant compte de l'activité des médecins, de l'âge de la population et de la distance.
Pourquoi l'accès aux médecins recule-t-il dans une commune ?
L'indicateur baisse quand l'offre de consultations accessible diminue, par exemple après le départ d'un médecin non remplacé ou une baisse d'activité des médecins proches, ou quand les besoins de la population augmentent. La DREES ne publie pas la cause commune par commune.
Une commune sous 2,5 consultations est-elle un désert médical officiel ?
Non. Le seuil de 2,5 est une convention d'étude de la DREES. Le classement officiel, qui ouvre droit aux aides à l'installation, est le zonage des agences régionales de santé. Il repose sur l'APL des médecins de moins de 65 ans calculée par territoire de vie-santé, que les agences peuvent compléter par d'autres indicateurs.

Sources

  1. Accessibilité aux soins de premier recours en 2024, DREES (2026)
  2. L'accessibilité potentielle localisée (APL), jeu de données, DREES (2026)
  3. Déserts médicaux : comment les définir ? Comment les mesurer ?, DREES, Les Dossiers de la DREES n° 17 (2017)
  4. Inégalités territoriales de répartition des médecins généralistes, indicateur 2.7.1 du REPSS Maladie, Sécurité sociale, rapports d'évaluation des politiques de sécurité sociale (2026)